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REVIEWS / COMPTES RENDUS
| Martin Petitclerc, « Nous protégeons l'infortune », les origines populaires de l'économie sociale au Québec (Montréal: VLB Éditeur 2007)
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| CET OUVRAGE de Martin Petitclerc, inspiré de sa thèse de doctorat, constitue le premier effort sérieux pour mettre en lumière l'importance de la mutualité ouvrière canadienne-française dans la deuxième moitié du 19e siècle. En abordant le sujet en tant que phénomène social et non comme une simple activitééconomique, il nous offre une réflexion audacieuse des débuts de ces organisations au Québec. L'auteur soutient que les sociétés de secours mutuels ont « représenté une forme originale de résistance populaire dans le contexte de la transition à une société de marché. » (17) |
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L'analyse se base principalement sur le cas de l'Union Saint-Joseph de Montréal auquel s'ajoutent quelques exemples d'associations québécoises. Son argumentation se divise en huit chapitres, à la fois thématiques et chronologiques. |
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Le premier et le deuxième chapitres nous présentent l'ascension de la mutualité ouvrière. Elle prit forme à la suite d'initiatives de la classe populaire pour former leurs propres organisations de prévoyance. La faillite de plusieurs banques d'épargne et l'immoralité du commerce de la vie reliéà l'assurance avaient incité les travailleurs à s'organiser pour contrer l'adversité. De plus, les pionniers de la mutualitéétaient encouragés par une législation favorable aux mouvements associatifs à partir des années 1850. Ainsi, plus d'une centaine de ces associations furent fondées durant la deuxième moitié du 19e siècle. |
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Les chapitres trois, quatre et cinq insistent sur le caractère ouvrier des sociétés de secours mutuels ainsi que leur résistance aux tentatives de contrôle des élites sociales et du clergé. Ces derniers promouvaient l'individualisme et le libéralisme auxquels les travailleurs refusaient de se soumettre. C'est que la mutualité ouvrière représentait une façon de lutter contre les valeurs individualistes reliées au développement de l'économie de marché. Son fonctionnement reposait sur l'entraide entre les membres, donnant lieu à la pratique de la mutualité pure, c'est-à-dire à des cotisations égalitaires. Ces associations dépassaient la sphère économique et se fondaient sur une sociabilité, stimulée par de nombreuses activités obligatoires. Les membres formaient ce que Petitclerc qualifie de « famille fictive. » Cette forme de solidarité permit aussi « d'autodiscipliner » la classe ouvrière, favorisant une «éthique collectiviste » et ouvrant la voie au syndicalisme. |
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Les chapitres six, sept et huit expliquent le déclin des sociétés de secours mutuels pratiquant la mutualité pure au profit d'une mutualité axée sur la gestion scientifique du risque. Les « techniques modernes » administratives, beaucoup plus proches de l'assurance et de la société libérale, allaient à l'encontre des valeurs d'entraide et de sociabilité, entraînant une forte résistance au sein de ses associations face aux réformes de la mutualité. Toutefois, la précarité financière de la plupart des petites organisations locales les rendaient dépendantes des cycles économiques, causant par la même occasion beaucoup d'instabilité et même la faillite de plusieurs d'entre elles. Cette situation incita une nouvelle génération de mutualistes, issue de la bourgeoisie, à prendre en main les sociétés de secours mutuels vers les années 1880, changeant le statut de cette forme de prévoyance en la transformant en marchandise. Il en résulta la montée des sociétés fraternelles, formant ainsi une rupture importante avec l'aspect social qu'avait connu la mutualité jusqu'à ce jour. |
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Par ce livre, Petitclerc fait deux pierres d'un coup, s'affi chant comme pionnier dans le domaine des sociétés de secours mutuels et traitant de la résistance de la classe populaire envers la transition à une société de marché. L'originalité de cette approche lui permet de parer au manque de sources concernant les sociétés de secours mutuels au 19e siècle. C'est d'ailleurs la concentration de son argumentation sur le cas de l'Union Saint-Joseph de Montréal qui représente le point faible de la recherche, mais Petitclerc en est conscient. (137) De ce fait, l'analyse s'applique diffi cilement aux plus petits centres industriels avec un contexte socioéconomique différent, où certaines sociétés de secours mutuels se sont développées en étroite relation avec le clergé et les élites locales. Ainsi, afin de comprendre les objectifs de l'association, une classification des sociétés de secours mutuels selon l'idéologie unificatrice de ses membres serait nécessaire, à savoir si la sociabilité reposait sur un idéal ouvrier, paroissial ou même national. La considération de ces facteurs dans l'argumentation n'aurait pas changé la teneur de son analyse, mais aurait apporté plusieurs nuances importantes, du moins en ce qui a trait au développement de la mutualité. |
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PIERRICK LABBÉ Université d'Ottawa |
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