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Reviews / Comptes Rendus
| Pierre Anctil, Saint-Laurent: La Main de Montréal (Sillery: Les Éditions du Septentrion 2002)
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| CE PETIT LIVRE trouve son origine dans une exposition au Musée de Pointe-à- Callière. L'institution a demandéà l'anthropologue Pierre Anctil, bien connu pour ses travaux sur la population juive de Montréal, d'agir comme conservateur invité et de rédiger ce court ouvrage. Le grand public sera reconnaissant envers le Musée d'avoir pris cette initiative et envers Anctil d'avoir relevé le défi. |
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En quatre chapitres abondamment illustrés, ce dernier retrace l'histoire de la Main en utilisant une approche qui marie le thématique et le chronologique. Dans « Le boulevard de la Révolution industrielle », Anctil esquisse à grands traits les transformations du paysage urbain dans la deuxième moitié du 19e siècle sous le leadership de promoteurs immobiliers dynamiques. Naissent alors sur le Plateau Mont-Royal des municipalités de banlieue à vocation industrielle et ouvrière; rapidement, l'industrie du vêtement y domine. Une culture de masse et des mouvements de revendication sociale voient le jour. C'est dans ce contexte qu'a lieu la « grève historique » des Canadiennes françaises de 1937. |
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Parallèlement, la rue Saint-Laurent se transforme en « boulevard des nouveaux citoyens », suite aux vagues migratoires qui déferlent sur la métropole, au premier rang celle des Juifs. Ceux-ci construisent une communauté vibrante qu'Anctil excelle à décrire. Les immigrants italiens et chinois font aussi leur apparition sur la Main, qui devient « un lieu porteur d'une mémoire historique » et « le reflet de la diversité ethnoculturelle québécoise ». |
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La rue Saint-Laurent, c'est également « le boulevard du bouillonnement culturel », une vocation qui se dessine pendant la décennie de 1890 avec la construction du Monument national, et qui se poursuit avec l'avènement du burlesque et du cinéma. En même temps, la Main est un lieu où les femmes jouent un rôle décisif, qu'elles soient suffragettes, effeuilleuses ou prostituées. Mais, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, de grands bouleversements éteignent « les derniers feux de la Lower Main» et en font le refuge des marginaux, des gangsters, une véritable « descente aux enfers », selon Anctil. Dans les années 50, de nombreuses bâtisses bordant le boulevard Saint-Laurent tombent sous le pic des démolisseurs, en même temps que la rue « sert pendant un temps de laboratoire à tous les courants dits de rénovation urbaine (p. 83) ». |
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Toutefois, à la fin du 20e siècle, une renaissance a cours lorsque la rue Saint-Laurent se transforme en « boulevard de la révolution technologique ». Des immigrants grecs, portugais, antillais, asiatiques, africains, s'approprient la rue, remplaçant ainsi les Juifs et les Italiens qui, eux, se déplacent vers les banlieues, au moment même où la Main est consacrée dans les romans de Mordecai Richler et de Michel Tremblay, ainsi que dans les chansons de Leonard Cohen. En fait, le boulevard devient « le rendez-vous des créateurs » aux horizons les plus variés, écrivains, peintres, sculpteurs, cinéastes, ce qui redonne un tissu aux quartiers environnant la Main. Au tournant du 21e siècle, celle-ci renaît également grâce aux entreprises du multimédia, qui ne sont pas moins de 159 en décembre 2000, et aux projets de rénovation urbaine, dont celui du faubourg Saint-Laurent. |
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Ces quatre chapitres sont précédés d'un « contexte historique » où Anctil décrit le chemin Saint-Laurent à l'époque pré-industrielle. Il est pour le moins curieux qu'il considère cette période plus « historique » que les périodes suivantes, qui constituent le coeur de l'ouvrage. Il est regrettable aussi que ce soit la seule partie du livre où il étudie la fonction de voie de communication de cette grande artère urbaine. |
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Anctil conçoit le boulevard Saint-Laurent comme le « reflet de la montréalité» et le « convoyeur de la modernité» québécoise. Il a sans doute raison dans le premier cas; toutefois, il ne faudrait pas penser que la Modernité n'atteint le Québec que par le boulevard Saint-Laurent. Elle a bien d'autres sources. |
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Yves Frenette Collège Glendon, Université York |
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