|
|
|
Reviews / Comptes Rendus
| Mathieu Denis, Jacques-Victor Morin. Syndicaliste et éducateur populaire (Montréal, VLB éditeur 2003)
|
| L'OUVRAGE DE MATHIEU DENIS arrive à point. La dernière décennie avait vu la parution d'études portant sur les « grands » du syndicalisme québécois tels que Madeleine Parent, Michel Chartrand et Louis Laberge. L'attention est cette fois-ci tournée vers un cadre intermédiaire, au passé certes moins flamboyant, mais très révélateur sur le mouvement ouvrier au cours des décennies 1940 à 1980. |
1
|
|
Interrogé par Mathieu Denis et ses amis Albert Albala, Michel Sarath de Silva et YanicViau, Jacques-Victor Morin nous livre un récit riche et vivant de son militantisme au sein d'organisations politiques et syndicales, et de sa contribution à l'éducation des adultes. Six entretiens d'une durée de deux heures chacun, réalisés au cours de l'été 1998, ont été nécessaires pour amasser l'information. Jacques-Victor Morin avait une semaine pour préparer ses réponses au questionnaire structurant chacune des rencontres. Ensuite, une répétition générale de l'entretien permettait d'identifier les éléments principaux et de vérifier certains détails. Puis Mathieu Denis et ses équipiers passaient à l'enregistrement. Si la spontanéité du dialogue pouvait enêtre affectée, la clarté des propos au contraire enbénéficiait grandement. À l'été 2001, la version manuscrite des entretiens a été révisée par Morin pour préciser des dates et vérifier certaines données. Finalement, le texte a été enrichi grâce au contenu des archives de l'interviewé, déposées à l'UQAM. |
2
|
|
Le résultat est un livre très intéressant suivant les principales étapes de la vie de Jacques-Victor Morin. Dans la première partie intitulée « Lajeunesse, la guerre et les débuts à la Co-operative Commonwealth Federation », Morin parle d'abord de ses anté cé dents familiaux puis que ces derniers ont influencé grandement sapersonnalité et ses choix de carrière. Né en 1921, il grandit dans l'une de ces familles bourgeoises canadiennes- françaises activessur la scène québécoise et ouvertes sur le monde. Son grand-père Victor Morin, un notaire et un intellectuel engagé, très actif dans les sociétés nationales, fut l'auteur du fameux« code Morin ». L'influence de sa tante, Renée Morin, est particulièrement importante. Cette femme, membre de la League for Social Reconstruction, du CCF et co-fondatrice de la Société d'éducation des adultes du Québec, entraîna Jacques-Victor Morin sur la voie de l'engagement social. Ce dernier entra dans les jeunesses de la CCF en 1943, réorganisa sa section québécoise et fut élu à sa tête deux années plus tard. En 1948, il devint président pancanadien des jeunesses de la CCF et, en 1950, il occupa le poste de secrétaire de la CCF au Québec. Il côtoya ainsi Thérèse Casgrain sur laquelle il ne put s'empêcherd' émettre quelques propos piquants. |
3
|
|
Le militantisme syndicaliste et socialiste de Morin est abordé en profondeur dans la deuxième partie de l'ouvrage qui a pour titre « Droits humains, syndicalisme etaction politique sous Duplessis ». On y apprend que Jacques-Victor Morin obtint son premier poste permanent dans le mouvement syndicalen 1947, lors qu'il devint secrétaire du Comité contrel'intolérance raciale et religieuse. « Notre but », raconte-t-il, «était de lutter contre la discrimination chez les travailleurs, notamment par la présentation de films, américains, de l'ONF ou produits par le Comité canadien du film ouvrier. » (p. 86). En 1952, avec la fondation de la Fédération des unions industrielles du Québec (FUIQ-CCT), il occupa le siège de secrétaire exécutif de l'association, responsable de l'administration générale, de la perception des cotisations, de l'organisation des comités, des congrès et, bien sûr, du service d'éducation. « Je crois », lance-t-il, « que ces formations et l'éducation politique ont véritablement contribuéà miner le régime de Duplessis » (p. 91). Après quelques années à la fédération, Morin devint, en 1956, permanent de la section québécoise du syndicat nord-américain des Travailleurs unis des salaisons et denrées alimentaires. Le syndicat mena un egigantes que campagne de syndicalisation, misant sur son rapport deforce et non pas sur la Commission des relations ouvrières pour se faire entendre. Morin raconte également sa participation aux tentatives deformer un nouveau parti de gauche au Québec, devant l'insuccès de la CCF dans la province. L'idée d'un parti fondé sur la coopération des trois centrales syndicales, la FUIQ, la FPTQ et la CTCC, et de courants libéraux, ne décolla ce pendant pas, sabotée, selon lui, par des éléments opportunistes comme Trudeau, Marchand et Pelletier. |
4
|
|
Dans la dernière section de l'ouvrage titrée « Nouveaux partis, missions internationales et années récentes », Morin raconte que si la fondation du NPD-Québec asuscité beaucoup d'espoirs chez lui et ses proches, ils ont rapidement déchanté. Tel la CCF avant lui, le NPD s'estmontré très rébarbatif à la reconnaissance de l'existence des deux nations et au droit des Québécois à l'auto détermina- tion, malgré leur insistance. Morin a alors participéà la formation du Parti socialiste du Québec en 1963. Des membres du comité exécutif, dont lui-même, s'opposèrent néan moins au président Michel Chartrand sur des questions de principes. Après des démissions en cascades, le partise dissout en 1968: « le PSQ, c'était tout petit, vous savez. Quand on se met à fractionner de petites affaires, il nereste plus grand chose » (p. 159). Mais heureusement pour lui, debrèves missions à l'étranger pour l'Organisation internationale du travail, dans le cadre de l'éducation des adultes(1961 et 1965), lui ouvrent de nouveaux horizons En 1968, il décrocha le poste de secrétaire général associé de la Commission canadienne pour l'Unesco, un poste qu'il occupa, à Ottawa, jusqu'à sa retraite en 1986. Travailleur passionné etin fatigable, il sera embauché par la suite sous contrat pendant deux ans par le Syndicat canadien de la fonction publique, pour relancer le service de formation et d'éducation des membres. Toujours passionné par la politique, il ira même jusqu'à joindre le Parti québécois en 1995, dans la foulée de l'effervescence des débats d'alors. |
5
|
|
C'est donc un demi-siècle de souvenirsde son engagement social et politique que Jacques-Victor Morin nous livre ici dans cet ouvrage. Le regard jeté sur les grands bonzes du mouvement ouvrier, dont certains deviendront des politiciens bien en vus et dessénateurs, est particulièrement intéressant. Trop d'emphase a cependant été mise dans la deuxième moitié du livre sur la question de l'émergence d'un parti ouvrier. Une réflexion sur l'évolution du fonctionne- ment interne des syndicats sur ce demi-siècle aurait été la bien venue. Que dire ausside l'étatisation du système de l'enseignement, de l'émergence des CEGEP et du réseau des universités du Québec, sur la formation des travailleurs? On peut aussi regretter l'absence d'index à la fin de l'ouvrage. Néan moins,il faut applaudir à l'inclusion d'un répertoire biographique de 21 pages très utile pour identifier des militants ouvriers mentionnés dans le livre. Il faut applaudir l'initiative de Denis Mathieu et sesamis, car le milieu ouvrier québécois des décennies 1940, 1950 et suivantes a étééclairé d'une autre perspective, celle d'un cadre intermédiaire. |
6
|
| | |
Peter Bischoff Université d'Ottawa |
|
|
Content in the History Cooperative database is intended for personal, noncommercial use only. You may not reproduce, publish, distribute, transmit, participate in the transfer or sale of, modify, create derivative works from, display, or in any way exploit the History Cooperative database in whole or in part without the written permission of the copyright holder.
|