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Reviews / Comptes Rendus
| De la Riva, Paul, Mine de rien. Les Canadiens français et le travail minier à Sudbury, 18861930 (Sudbury: Prise de parole et l'Institut franco-ontarien, 1998) |
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PAUL DE LA RIVA a réalisé une étude fort intéressante sur la contribution des Canadiens français en tant que travailleurs dans lesecteur minier dans le Nord de l'Ontario et plus spécifiquement dans la région de Sudbury de 1886 à 1930. L'historiographie franco-ontarienne et canadienne-anglaise a longtemps maintenu que «les Canadiens français ont été des participants tardifs aux travaux miniers et peu intéressés à ce type de travail.» (7). En effet, plusieurs études prétendent que les Canadiens français se sont tenus à l'écart des mines jusqu'aux années 1940 préférant se consacrer aux secteurs agricole et forestier. De la Riva rejette cette interprétation. Il veut démontrer que la contribution des Canadiens français dans ce secteur remonte à 1886,c'est-à- dire au même moment que s'amorcent les premiers travaux miniers dans la région, et que cette contributionn'est guère négligeable pendant toute la période étudiée soit de 1886 à 1930. |
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Les recensements nominatifs de 1891 et 1901 pour la région de Sudbury, leslivres de caisse de l'International Nickel Company (Inco) et les fichesdu personnel, conservées à partir de 1912, lui permettent d'évaluer la place qu'occupent les Canadiens français dans ce secteur de l'économie en plus de suivre l'évolution de cette main-d'oeuvre et des travailleurs des autres ethnies. Après avoir déterminé le nombre de travailleurs canadiens français, ils'intéresse à leur expérience de travail, la division dutravail par service et la ségrégation occupationnelle afinde mieux définir leur rôle au sein de l'Inco. L'étude dePaul de la Riva jette aussi un regard sur la mobilité et les antécédents professionnels des travailleurs. Il tente de démontrer que les Canadiens français ne forment pas un groupe detravailleurs très homogène. |
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Tiré d'un mémoire de maîtrise réalisé en 1995, sonouvrage comprend six chapitres. Dans quelques chapitres, l'auteur a eula bonne idée d'introduire des cas d'ouvriers qui proviennent desfiches d'embauche. De plus, son ouvrage regorge d'informationsstatistiques présentées sous forme de tableaux. Dans sonpremier chapitre, De la Riva fait d'abord un survol del'historiographie franco-ontarienne et canadienne-anglaise pour ensuite présenter la méthodologie utilisée afin d'analyser la présence des Canadiens françaisau sein de l'Inco. Près de 48 000 fiches d'embauche existent pourla période de 1912 à 1939. Un échantillonage s'est donc imposé. De la Riva admet avoir procédé de façon un peu arbitraire. Reconnaissant que les lettres B et L sont fort communes comme première lettre des patronymes français, il ad'abord retenu les fiches dont la première lettre du nom de familledébute avec ces lettres. L'auteur a donc dépouillé 6 674 fichesqui lui ont fournit, maintient-il, «un bon échantillon de ladiversité ethnique de la force ouvrière» (26). L'examen desfiches lui a permis d'analyser l'évolution de la force ouvrièrecanadienne française dans les installations minières de l'Inco. Les fiches ont révélé des informations sur les dates d'embauche, la mobilité interne, le rôle de chaque travailleur dans les activités minières et l'évolution salariale. Lesfiches permettent aussi à l'auteur de comparer la main- d'oeuvrecanadienne française à la force ouvrière dans son ensemble. |
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Le chapitre deux se penchesur les Canadiens français et le travail dans la région de Sudbury de 1886 à 1912. Puisque cette période précède la mise en placed'un système de fiches d'embauche à l'Inco, De la Rivaconsulte les recensements de 1891 et de 1901 ainsi que les livresde caisse de la Canadian Copper Co, le précurseur de l'Inco, pourfaire son analyse. Il démontre clairement que les Canadiens français ne sont pas tous des cultivateurs ou des bûcherons durant cette période. Ainsi, selon les recensements de 1891 et 1901, les Canadiens français sont actifs dans l'industrie minière puisqu'ils forment près du quart de la force ouvrière. Les livrescomptables révèlent également la présence continue d'ouvriers canadiens français surtout entre 1887 et 1904. Malgré un certain un déclin au début du 20e siècle, lesCanadiens français sont bien présents dans l'industrie minière de 1886 à 1912. «Par le fait même» souligne De la Riva, «les Canadiens, français doivent être perçus comme de véritables pionniers de cette industrie et non pas comme des retardataires qui ont attendu les années 1930 pour y participer.» (71). |
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Dans son chapitre suivant, De la Rivadresse un profil général du mineur canadien français à Sudburyde 1912 à 1930. Il trace d'abord l'évolution de l'embauchedes Canadiens français afin de dégager les temps forts de leurintégration dans l'industrie minière. À partir de son échantillon, il a pu identifier 1345 Canadiens français et les quatreannées d'embauche les plus importantes sont 1916, 1917, 1920 et 1929. Par la suite, il étudie trois caractéristiques des mineurs canadiens français soit l'âge à l'embauche, l'état matrimonial et l'éducation. Des constantes se dégagent. Ainsi, lesmineurs Canadiens français sont jeunes car plus de 50% ont moins de 25 ans. La majorité, plus de 70%, sont célibataires et peu sont instruits puisque plus de 80% ont une formation de niveau primaire. Après avoir établi le profil général de sa force ouvrière canadienne française, l'auteur veut voir si les traits dégagés ont un effet sur la place qu'ils occupent au sein del'industrie. Son quatrième chapitre se penche donc sur lastructure du travail et de la ségrégation ethnique. Les fichesd'embauche révèlent que les Canadiens français sont en grandepartie des manoeuvres et des ouvriers semi-qualifiés. Ils sont bien présents dans les différents services de l'Inco,légèrement sous-représentés dans les services minierset ils ont une plus forte présence dans les services de la fonderie etde la préfonte, et des champs de frittage. Ils sont peu présents dansdes travaux de surface, où l'on retrouve plutôt des Italiens etdes Polonais, ainsi que dans les services de bureau etprofessionnels, «la chasse gardée des Canadiens anglais, desBritanniques et des Américains.» (102). Donc, les postes bien rémunérés et de commande, les postes qui exigent la maîtrise dela langue anglaise, sont occupés par les immigrants britanniques et les Canadiens anglais. Les immigrants «étrangers» occupent, pour leur part, les postes plus épuisants et les moins enviables. Selon De la Riva, «la grille salariale semble témoigner de l'absence d'une politique discriminatoire sur la baseethnique.» Par contre, poursuit-il, «le processus de division du travail montre que certaines ethnies sont plus présentes dans certainssecteurs mieux rémunérés et de prestige.» (111) |
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Dans son cinquième chapitre, De la Riva étudie les antécédents professionnels et la mobilité des travailleurs canadiens français. Il essaie de voir si l'origineethnique a un lien direct avec les hausses salariales ou si celles-ci relèvent plutôt de la durée du séjour de l'ouvrier. La majorité des ouvriers canadiens français ne sont pas à leur première expérience de travail lorsqu'ils sont embauchés par l'Inco. Plusieurs déclarent avoir occupé des emplois dans le secteur industriel (40%), dans la construction (21,8%), dans lesservices (7,7%) en agriculture (11,9%) ou dans le domaine forestier(12,1%). Les fiches indiquent que peu de travailleurs font carrière dansle secteur minier. Pour plusieurs ouvriers, travailler à l'Inco est perçu comme un emploi saisonnier. Il faut dire que jusqu'en1944, les ouvriers miniers de Sudbury ne sont pas syndiqués et ont desconditions de travail assez difficiles. Les fiches révèlent donc quela force ouvrière canadienne française est instable puisque seulementun ouvrier sur quatre travaillera plus de six mois pour l'Inco.D'ailleurs, les Canadiens français constituent le groupe qui séjourne le moins longtemps à l'Inco. Il semble que les départs chez les Canadiens français tout comme chez les Canadiens anglais, sont, pour la plupart des départs volontaires. L'auteur attribue cette situation à la pénibilité du travail minier et aux risquesd'accidents. De plus, étant donné qu'ils sont installés plus près des leurs et dans une région qu'ils connaissent, les ouvriers canadiens français et canadiens anglais sont plus aptes quetout autre groupe à quitter sur une base volontaire. |
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Dans son dernier chapitre, De la Riva se demandesi la main-d'oeuvre ouvrière canadienne française de l'Inco forme un groupe homogène. Il démontre que les contingents canadiens français ont vécu, au sein de cette compagnie, une expérience industrielle différente en fonction de quelques variables comme l'âge à l'embauche, l'état civil, le lieu et le typed'engagements antérieurs ainsi que le lieu de résidence des parents ou des personnes à charge. Donc, selon l'auteur, on auraittort de présenter les ouvriers canadiens français comme ungroupe très homogène. Leur expérience au sein des activités minières de l'Inco n'est pas uniforme. |
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L'ouvrage de Paul de la Riva nous fait davantage connaître la contribution des Canadiens français dans le secteur minier dans le Nord de l'Ontario. Dans sa conclusion, il invite les historiens à pour suivre la recherche étant donné la grande accessibilité des archives de l'Inco. Selon lui, il seraitpossible de mieux définir l'évolution de la main-d'oeuvrecanadienne française dans l'industrie minière, de mieux comprendre la mobilité canadienne française dans l'ensemble du Nord del'Ontario, de situer l'expérience canadienne française par rapport à celle de différents groupes tels les Polonais, les Italiens, les Finlandais, etc. afin de brosser un portrait plus juste et détaillé de l'histoire ouvrière de cette région. |
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Plusieurs études ont été publiées surle travail des Acadiens et des Canadiens français dans les domaines de l'agriculture, de la forêt, des pâtes et papiers et des pêches. De la Riva nous démontre clairement que le secteur minier mérite qu'on s'y attarde. Son livre fera désormais référence pour les chercheurs et chercheuses qui s'intéressent à l'histoire franco-ontarienne et à l'histoire du travail. |
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NicoleLang
Université de Moncton
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