 | Public Opinion and Communication Networks in Eighteenth-Century Paris
© Robert Darnton / Princeton University
Appendix I: The Songs and Poems Distributed by the Quatorze
1. "Monstre dont lanoire furie"
No copy of this ode has been located. In a report onthe investigation, Lieutenant General Berryer distinguished it fromthe other odes turned up by the police and described it as the poemwhose author they originally set out to arrest: "Depuis le 24avril, il a paru une ode de 14 strophes contre le roi intitulée'L'Exil de M. Maurepas,...": Bibliothèque de l'Arsenal,ms. 11690, fo. 120. The police commonly identified it, like the otherverse, by its first line; thus their remark in another report, ms.11690, fo. 151: "Monstre dont la noire furie ou les verssur l'exil de M. de Maurepas."
2. "Quel est letriste sort des malheureux Français"
This ode appears in several chansonniers and othersources, without important variations in the text. See, for example,Bibliothèque historique de la ville de Paris, ms. 649, p.13-15. It is quoted here from Vie privée de Louis XV, ouprincipaux événements, particularités etanecdotes de son règne (Paris, 1781), II, 372-374, whichhas some convenient notes. The French has been modernized. Quel est le triste sort desmalheureux Français! Réduits às'affliger dans le sein de la paix! Plus heureux et plus grands aumilieu des alarmes, Ils répandaient leursang, mais sans verser de larmes. Qu'on ne nous vante plus lescharmes du repos: Nous aimons mieux courir àdes périls nouveaux, Et vainqueurs avec gloire ouvaincus sans bassesse, N'avoir point à pleurerde honteuse faiblesse. Edouardfugitif a laissé dans nos coeurs Le désespoir affreuxd'avoir été vainqueurs. A quoi nous servait-ild'enchaîner la victoire? Avec moins de lauriers nousaurions plus de gloire. Et contraints de céder àla loi du plus fort, Nous aurions pu du moins enaccuser le sort. Mais trahir Edouard, lorsquel'on peut combattre! Immoler à Brunswickle sang de Henri Quatre! Et de George vaincu subir lesdures lois! O Français! o Louis! oprotecteurs des rois! Est-ce pour les trahir qu'onporte ce vain titre? Est-ce en les trahissant qu'on devient leur arbitre? Un roi qui d'un héros sedéclare l'appui, Doit l'élever au trôneou tomber avec lui. Ainsi pensaient les rois quecélèbre l'histoire, Ainsi pensaient tous ceux àqui parlait la gloire. Et qu'auraient dit de nous cesmonarques fameux, S'ils avaient dû prévoirqu'un roi plus puissant qu'eux, Appellant un héros ausecours de la France, Contractant avec lui la plussainte alliance, L'exposerait sans force aux plusaffreux hasards, Aux fureurs de la mer, dessaisons et de Mars! Et qu'ensuite unissant lafaiblesse au parjure, Il oublierait serments, gloire,rang et nature; Et servant de Brunswick lesystème cruel, Traînerait enchainéle héros à l'autel! Brunswick, te faut-il donc de sigrandes victimes? O ciel, lance tes traits; terre,ouvre tes abîmes! Quoi, Biron,votre roi vous l'a-t-il ordonné? Edouard, est-ce vous d'huissiersenvironné? Est-ce vous de Henri le filsdigne de l'être? Sans doute. A vos malheurs j'aipu vous reconnaître. Mais je vous reconnais bienmieux à vos vertus. O Louis! vos sujets de douleurabattus, Respectent Edouard captif etsans couronne: Il est roi dans les fers,qu'êtes-vous sur le trône? J'ai vu tomber le sceptre auxpieds de Pompadour! Mais fut-il relevé parles mains de l'amour? Belle Agnès, tu n'esplus! Le fier Anglais nous dompte. Tandis que Louis dort dans lesein de la honte, Et d'une femme obscureindignement épris, Il oublie en ses bras nos pleurset nos mépris. Belle Agnès,tu n'es plus! Ton altière tendresse Dédaignerait un roiflétri par la faiblesse. Tu pourrais réparer lesmalheurs d'Edouard En offrant ton amour à ce
brave Stuard. Hélas! pour t'imiter ilfaut de la noblesse. Tout est vil en ces lieux,ministres et maîtresse: Tous disent à Louis qu'ilagit en vrai roi; Du bonheur des Françaisqu'il se fait une loi! Voilà de leurs discoursla perfide insolence; Voilà la flatterie, etvoici la prudence: Peut-on par l'infamie arriver au bonheur? Unpeuple s'affaiblit par le seul déshonneur. Rome,cent fois vaincue, en devenait plus fière, Etses plus grands malheurs la rendaient plus altière. AussiRome parvint à dompter l'univers. Maistoi, lâche ministre,ignorant et pervers, Tutrahis ta patrie et tu la déshonores: Tupoursuis un héros que l'univers adore. Ondirait que Brunswick t'a transmis ses fureurs; Queministre inquiet de ses justes terreurs Leseul nom d'Edouard t'épouvante et te gêne. Maisapprend quel sera le fruit de cette haine: Albionsent enfin qu'Edouard est son roi, Digne,par ses vertus de lui donner la loi. Elleoffre sur le trône asile à ce grand homme, Trahitout à la fois par la France et par Rome; Etbientôt les Français, tremblants, humiliés, D'unnouvel Edouard viendront baiser les pieds. Voilales tristes fruits d'un olivier funeste Etde nos vains lauriers le déplorable reste!
3."Peuple jadis si fier, aujourd'hui si servile"
This ode is also quoted from Vie privée deLouis XV, II, 374-375. It, too, can be found in chansonniers,such as Bibliothèque historique de la ville de Paris, ms. 649,p.16. Peuplejadis si fier, aujourd'hui si servile,Desprinces malheureux vous n'êtes plus l'asile. Vosennemis vaincus aux champs de Fontenoy, Aleurs propres vainqueurs ont imposé la loi; Etcette indigne paix qu'Arragonvous procure, Estpour eux un triomphe et pour vous une injure. Hélas!auriez-vous donc couru tant de hasards Pourplacer une femmeau trône des Césars; Pourvoir l'heureux Anglais dominateur de l'onde Voiturerdans ses ports tout l'or du nouveau monde; Etle fils de Stuart, par vous-même appellé, Auxfrayeurs de Brunswick lâchement immolé! Ettoi,que tes flatteurs ont paré d'un vain titre, Del'Europe en ce jour te diras-tu l'arbitre? Lorsquedans tes Etats tu ne peux conserver Unhéros que le sort n'est pas las d'éprouver; Maisqui, dans les horreurs d'une vie agitée, Ausein de l'Angleterre à sa perte excitée, Abandonnédes siens, fugitif, mis à prix, Sevit toujours du moins plus libre qu'à Paris; Del'amitié des rois exemple mémorable, Etde leurs intérêts victime déplorable. Tutriomphes, cher prince, au milieu de tes fers; Surtoi, dans ce moment, tous les yeux sont ouverts. Unpeuple généreux et juge du mérite, Varévoquer l'arrêt d'une race proscrite. Tesmalheurs ont changé les esprits prévenus; Dansle cur des Anglais tous tes droits sont connus. Plusflatteurs et plus sûrs que ceux de ta naissance, Cesdroits vont doublement affermir ta puissance. Maissur le trône assis, cher prince, souviens-toi, Quele peuple superbe et jaloux de sa foi N'ajamais honoré du titre de grand homme Unlâche complaisant des Français et de Rome.
4."Qu'une bâtarde de catin"
This song evolved through so many versions that no text representsit adequately, but the following copy, from the Bibliothèquehistorique de la ville de Paris, ms. 580, ff. 248-249, dated October1747, provides a good example of an early version, which was copiedlater into a chansonnier. It is accompanied by copious notes in theleft column.
Sur Mme d'Etiole, fille de M. Poisson mariée à M. d'Etiole,sous fermier, neveu de M. Normand, qui avait été amant deMme Poisson. Maîtresse de Louis XV, faite marquise de Pompadour etson mari fermier général | - 1
- Qu'une bâtarde de catin
- A la cour se voit avancée
- Que dans l'amour ou dans le vin
- Louis cherche une gloire aisée
- Ah! Le voilà, ah! Le voici
- Celui qui n'en a nul souci.
| Sur M. le Dauphin, fils de Louis XV | - 2
- Que Monseigneur le gros Dauphin
- Ait l'esprit comme la figure
- Que l'Etat craigne le destin
- D'un second monarque en peinture
| Sur M. de Vandières, frère de Mme. d'Etiole, marquise dePompadour reçu en survivance de la charge de Contrôleur desbâtiments du roi que M. le Normand de Tournehem son oncle avait quimourut en 1752 | - 3
- Qu'ébloui par un vain éclat
- Poisson tranche du petit maître
- Qu'il pense qu'à la cour un fat
- Soit difficile à reconnaître
| Sur le maréchal de Saxe mort à Chambord en 1751. | - 4
- Que Maurice ce fier à bras
- Pour avoir contraint à se rendre
- Villes qui ne résistaient pas
- Soit plus exalté qu'Alexandre
| Sur le maréchal de Belle Isle qui commandait l'armée enProvence en 1747 | - 5
-
- Que notre héros à projets
- Ait vu dans sa lâche indolence
- A la honte du nom français
- Les Hongrois piller la Provence
| M. Daguesseau de Fresne | - 6
- Que le Chancelier décrépit
- Lâche la main à l'injustice
- Que dans le vrai il ait un fils
- Qui vende même la justice
| Ministre de la marine secrétaired'Etat | - 7
- Que Maurepas, St. Florentin
- Ignorent l'art militaire
- Que ce vrai couple calotin
- A peine soit bon à Cythère
| Ministre de la guerre d'eux | - 8
- Que d'Argenson en dépit
- Ait l'oreille de notre maître
- Que du débris de tous les deux
- Il voie son crédit renaître
| l'ancien évêque de Mirepoix qui a la feuille desbénéfices. Il a été précepteur du Dauphin fils de Louis XV. Mortà Paris le 20 août 1755. | - 9
- Que Boyer, ce moine maudit
- Renverse l'Etat pour la bulle
- Que par lui le juste proscrit
- Soit victime de la formule
| Premier Président du Parlement de Paris | - 10
- Que Maupeou plie indignement
- Ses genoux devant cette idole
- Qu'à son exemple le Parlement
- Sente son devoir et le viole
| Conseiller d'Etat ordinaire et ministre des affaires étrangèresContrôleur général des finances | - 11
- Que Puisieulx en attendant
- Embrouille encore plus les affaires
- Et que Machault en l'imitant
- Mette le comble à nos misères
| 
| - 12
- Sur ces couplets qu'un fier censeur
- A son gré critique et raisonne
- Que leurs traits démasquent l'erreur
- Et percent jusqu'au trône
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5. "Sans crime onpeut trahir sa foi"
This burlesque parlementary edict was given byGuyard to Hallaire and was found in one of Hallaire's pockets duringhis interrogation in the Bastille. It is quoted from Bibliothèquede l'Arsenal, ms. 11690, fo. 89.
Apostilledu Parlement de Toulouse à l'enregistrement de l'éditdu vingtième
Sanscrime on peut trahir sa foi, Chasserson ami de chez soi, Duprochain corrompre la femme, Piller,voler n'est plus infâme. Jouirà la fois des trois surs N'estplus contre les bonnes murs. Defaire ces métamorphoses Nosayeux n'avaient pas l'esprit; Etnous attendons un édit Quipermette toutes ces choses.
signé: de Montalu,premier président
6."Lâche dissipateur des biens de tes sujets"
This ode, similar in tone to the other two but lessoften cited in the sources, is quoted from one of the chansonniers inthe Bibliothèque historique de la ville de Paris, ms. 649, pp.47-48.
Verssatiriques sur le roi
Lâchedissipateur des biens de tes sujets,
Toiqui comptes les jours par les maux que tu fais, Esclaved'un ministre et d'une femme avare, Louis,apprends le sort que le ciel te prépare. Situ fus quelque temps l'objet de notre amour, Tesvices n'étaient pas encore dans tout leur jour. Tuverras chaque instant ralentir notre zèle, Etsouffler dans nos curs une flamme rebelle. Dansles guerres sans succès désolant tes états, Tufus sans généraux, tu seras sans soldats. Toique l'on appelait l'arbitre de la terre, Parde honteux traités tu termines la guerre. Parmices histrions qui règnent avec toi, Quipourra desormais reconnaître son roi? Testrésors sont ouverts à leurs folles dépenses; Ilspillent tes sujets, épuisent tes finances, Moinspour renouveler tes ennuyeux plaisirs Quepour mieux assouvir leurs infâmes désirs. TonEtat aux abois, Louis, est ton ouvrage; Maiscrains de voir bientôt sur toi fondre l'orage. Desmaux contagieux qu'empoisonnent les airs Tescampagnes bientôt deviennent des déserts, Ladésolation règne en toutes les villes, Tune trouveras plus des âmes assez viles Pouroser célébrer tes prétendus exploits, Etc'est pour t'abhorrer qu'il reste des François: Aujourd'huiont élevé en vain une statue, Ata mort, je la vois par le peuple abattue. Bourreléde remords, tu descends au tombeau. Lasuperstition dont le pale flambeau Rallumedans ton cur une peur mal éteinte, Tesuit, t'ouvre l'Enfer, seul objet de ta crainte. Toutt'abandonne, enfin, flatteurs, maîtresse, enfants. Untyran à la mort n'a plus de courtisans.
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