Robert Darnton
An Early Information Society

Fourteen Comic Songs from Paris, circa 1750, Original Texts

See also A Cabaret-Concert by Hélène Delavault
Twelve Songs from Paris, circa 1750


1"Qu'une bâtarde de catin," sur l'air "Quand monamant me fait la cour" et "Dirai-je mon Confiteor"

[The remarks in the left column identify the persons satirized in theverses to the right.]

Sur Mme d'Etiole, fille de M. Poisson mariée à M. d'Etiole,sous fermier, neveu de M. Normand, qui avait été amant deMme Poisson. Maîtresse de Louis XV, faite marquise de Pompadour etson mari fermier général

1

Qu'une bâtarde de catin
A la cour se voit avancée
Que dans l'amour ou dans le vin
Louis cherche une gloire aisée
Ah! Le voilà, ah! Le voici
Celui qui n'en a nul souci.

Sur M. le Dauphin, fils de Louis XV

2

Que Mongr. le gros Dauphin
Ait l'esprit comme la figure
Que l'Etat craigne le destin
D'un second monarque en peinture

Sur M. de Vandières, frère de Mme. d'Etiole, marquise dePompadour reçu en survivance de la charge de Contrôleur desbâtiments du roi que M. le Normand de Tournehem son oncle avait quimourut en 1752

3

Qu'ébloui par un vain éclat
Poisson tranche du petit maître
Qu'il pense qu'à la cour un fat
Soit difficile à reconnaître

Sur le maréchal de Saxe mort à Chambord en 1751.

4

Que Maurice ce fier à bras
Pour avoir contraint à se rendre
Villes qui ne résistaient pas
Soit plus exalté qu'Alexandre

Sur le maréchal de Belle Isle qui commandait l'armée enProvence en 1747

5

Que notre héros à projets
Ait vu dans sa lâche indolence
A la honte du nom français
Les Hongrois piller la Provence

M. Daguesseau de Fresne

6

Que le Chancelier décrépit
Lâche la main à l'injustice
Que dans le vrai il ait un fils
Qui vende même la justice

Ministre de la marine secrétaired'Etat

7

Que Maurepas, St. Florentin
Ignorent l'art militaire
Que ce vrai couple calotin
A peine soit bon à Cythère

Ministre de la guerre d'eux

8

Que d'Argenson en dépit
Ait l'oreille de notre maître
Que du débris de tous les deux
Il voie son crédit renaître

l'ancien évêque de Mirepoix qui a la feuille desbénéfices. Il a été précepteur du Dauphin fils de Louis XV. Mortà Paris le 20 août 1755.

9

Que Boyer, ce moine maudit
Renverse l'Etat pour la bulle
Que par lui le juste proscrit
Soit victime de la formule

Premier Président du Parlement de Paris

10

Que Maupeou plie indignement
Ses genoux devant cette idole
Qu'à son exemple le Parlement
Sente son devoir et le viole

Conseiller d'Etat ordinaire et ministre des affaires étrangèresContrôleur général des finances

11

Que Puisieulx en attendant
Embrouille encore plus les affaires
Et que Machault en l'imitant
Mette le comble à nos misères

12

Sur ces couplets qu'un fier censeur
A son gré critique et raisonne
Que leurs traits démasquent l'erreur
Et percent jusqu'au trône

Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, ms. 580, fols.248-49.


2A "Par vos façons nobles et franches," sur l'air"Quand le péril est agréable"

Par vos façons nobles et franches,
Iris, vous enchantez nos coeurs;
Sur nos pas vous semez des fleurs.
Mais ce sont des fleurs blanches.

d'Argenson, Journal et mémoires, 5: 456 248-49.


2B "Sur vos pas charmante duchesse," sur l'airRéveillez-vous belle endormie"

Sur vos pas charmants duchesse
Au lieu des grâces et des ris
L'amour fait voltiger sans cesse
Un essaim de chauve-souris

Bibliothèque Nationale de France, ms. fr. 13705, fol. 2


3 "A Dieu mon cher Maurepas," sur l'air "Lampons,camarades, lampons."

1

A Dieu mon cher Maurepas
Vous voilà dans de beaux draps
Il faut partir toute à l'heure
Pour Bourges votre demeure
Lampons, lampons,
Camarades, lampons

M. Chauvelin lors de sa disgrace le 20 février1737 fut aussi exilé à Bourges

2

Quel malheur que Chauvelin
Votre ami tendre et benin
Ne soit plus en cette ville
Vous auriez fait domicile

Mme de Pompadour

3

On dit que Maman Catin
Qui vous mène si beau train
Et se plaît à la culbute
Vous procure cette chute

4

De quoi vous avisez-vous
D'attirer son fier courroux?
Cettre franche Peronnelle
Vous fait sauter de l'échelle

La Baume Le Blancduc de La Vallière

5

Il faillait en courtisan
Lui prodiguer votre encens,
Faire comme La Vallière
Qui lui lèche le derrière

Nommé Cordon bleu le 2 février 1750

6

Réfléchissez un instant
Sur votre sort différent
On vous envoie en fourrière
Quand le St. Esprit l'éclaire

Mme. de Pompadour

7

Pour réussir à la Cour
Quiconque y fait son séjour
Doit fléchir devant l'idole
La Princesse d'Etiole

Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, ms. 649, p. 123


4 Chanson sur la fête donnée à l'occasion de lapublication de la paix, sur l'air "La Mort pour les malheureux."

Quel est ce festin public
Est-ce un pique-nique?
Non,
C'est un gueleton
Donné dit-on
Pour célébrer la paix.
Et de ces beaux apprêts
La ville fait exprès les frais.
Quelle finesse, quel goût
Règnent partout
Quels éclatants effets
Font ces buffets
Et ce donjon doré
Bien décoré
Est un temple sacré.

Mais sur l'eau
Charme nouveau
Je vois flotter une salle
Ou Bacchus
Ivrant Comus
Tient boutique de scandale
De ce spectacle enchanteur
Nomme-t-on l'admirable auteur
Le nommer, dites-vous, non
Bernage est-il un nom.

Bliothèque Historique de la Ville de Paris, ms. 649, p. 75


5 "Les grands seigneurs s'avilissent," sur l'air des"Trembleurs"

Les grands seigneurs s'avilissent
Les financiers s'enrichissent
Tousles Poissons s'agrandissent
C'est le règne des vauriens.
On épuise la finance
En bâtiments, en dépense,
L'Etat tombe en décadence
Le roi ne met ordre à rien, rien, rien.

Une petite bourgeoise
Élevée à la grivoise
Mesurant tout à sa toise,
Fait de la cour un taudis;
Le Roi malgré son scrupule,
Pour elle froidement brûle,
Cette flamme ridicule
Excite dans tout Paris ris, ris, ris

Cette catin subalterne
Insolemment le gouverne
Et c'est elle qui décerne
Les hommes à prix d'argent.
Devant l'idole tout plie,
Le courtisan s'humilie
Il subit cette infamie
Et n'est que plus indigent, gent, gent

La contenance éventée
La peau jaune et truitée,
Et chaque dent tachetée
Les yeux fades, le col long,
Sans esprit, sans caractère,
L'âme vile et mercenaire
Le propos d'une commère
Tout est bas chez la Poisson, son son

Si dans les beautés choisies
Elle était des plus jolies,
On pardonne les folies
Quand l'objet est un bijou.
Mais pour si mince figure,
Et si sotte créature,
S'attire tant de murmure
Chacun pense le roi, f, f, f [fou, fou; fou, [ou] fout, fout, fout]

Qu'importe qu'on me chansonne
Que cent vices l'on me donne
En ai-je moins ma couronne
En suis-je moins roi, moins bien:
Il n'est qu'un amour extrême
Plus fort que tout diadème
Qui rende un souverain blême
Et son grand pouvoir rien, rien, rien.

Voyez charmante maîtresse
Si l'honneur de la tendresse
Estd'exciter qui vous presse
D'obéir à son amour
Ménagez bien la puissance
De ce bien aimé de France
Si vous ne voulez qu'on pense
Qu'il ne vous a pris que pour, pour
Bibliothèque Nationale de France, ms. fr. 13709, fols. 29-30 and 71


6. Chanson sur la bataille donnée par le roi en Flandre le 2juillet 1747 à Lawfeldt contre l'armée des alliéscommandée par le duc de Cumberland, sur l'air "DesPantins."

Tout Paris est bien content.
Le roi s'en va en Hollande
Tout Paris est bien content.
On a frotté Cumberland
En lui disant, Mon enfant,
Votre papa vous attend
Dites adieu à la Zélande
Et vite et tôt, fout le camp.
Bibliothèque Historique de la Ville de Paris, ms. 648, p. 361


7 Sur la publication de la paix qui se fera le 12 février 1749, surl'air de "Biribi."

C'est donc enfin pour mercredi
Qu'avec belle apparence
On confirmera dans Paris
La paix et l'indigence,
Machault ne voulant point, dit-on
La faridondaine, la faridondon,
Oter les impôts qu'il a mis
Biribis
A la façon de Barbari, mon ami.
Bibliothèque de 'Arsenal, ms. 11 683, fol. 125


8 "Il faut sans relâche," sur l'air de "Messieursnos généraux"

Il faut sans relâche
Faire des chansons
Plus Poisson s'en fache
Plus nous chanterons
Chaque jour elle offre
Matière à couplets
Et veut que l'on coffre
Ceux qui les ont faits.

Ils sont punissables
Peignant ses beautés
De traits remarquables
Qu'ils n'ont point chantés,
Sa gorge vilaine
Ses mains et ses bras,
Souvent une haleine
Qui n'embaume pas.

Le folle indécence
De son opéra
Ou par bienséance
Tout ministre va.
Il faut qu'on y vante
Son chant fredonné
Sa voix-chevrosante
Son jeu forcéné.

Elle veut qu'on prône
Ses petits talents
Se croit sur le trône
Ferme pour longtemps.
Mais le pied lui glisse,
Le roi sort d'erreur
Et ce sacrifice
Lui rend notre coeur.

Madame la marquise
Avec ses favoris
Va, quoiqu'on en dise
Regagner Paris
Et l'ami La Vallière
Et le cousin Ferrand
Et le frère Vandière
Et l'oncle Tournehem."
Bibliothèque Nationale de France, ms. fr. 13709, fol. 41


9 "Vous possédez le bon ton," sur l'air "On vous enratisse"

Vous possédez le bon ton.
Vous voulez sage Poisson
Qu'un peu d'ordre y domine.
Eh bien, on vous en dira
On vous turlupinera.

Votre mère sans façon
Appelait tout par son nom;
De cette chaste heroïne
Vous avez pris ce goût-la.
On vous turlupinera.

Vous contez à tout venant
Dans le détail le plus grand
Comment le roi vous patine
Ses transports et cetera
On vous turlupinera.

Vos respectables parents
Ont formé vos jeunes ans
C'est d'une illustre origine
Qu'on tient les vertus qu'on a
On vous turlupinera.

Las de baiser la maman,
Le veil ami Tournehem
Le premier à la sourdine
Dans votre coeur pénétra.
On vous turlupinera.

Pour s'acquitter avec vous
Le neveu paya pour tous
Ce galant à triste mine
De sa main vous honora
On vous turlupinera.

Après ce vilain mari
Brige fût l'amant chéri
Puis vint la troupe gredine
Des + Fe Fé, * cu cu, da da + Ferrand; * Cury; Détoboulin
On vous turlupinera.

Pour gouverner hautement,
Pour régner insolemment,
Si c'est par là qu'on chemine
Ah du moins on en riraOn vous turlupinera.
Bibliothèque Nationale de France, ms. fr. 13709, fol. 41


10 "La Poisson chancelle," sur l'air "Oui de suis voltige,j'ai le coeur changeant."

La Poisson chancelle
Soyons joyeux
Les vers faits sur elle
Ont ouvert les yeux
Chantant Poissons
Chantant Poissons
Avec audace
Poursuivons-la
Poursuivons-la
Sans hésiter
Elle est bientôt lasse
De nous résister.
Bibliothèque Nationale de France, ms. fr. 13709, fol. 42


11 "Le roi sera bientôt las" sur le noël"Où est-il ce petit nouveau né?"

Le roi sera bientôt las
De sa sotte pécore.
L'ennui jusques dans ses bras
Le suit et le dévore
Quoi dit-il toujours des opéras
En verrons-nous encore?
Bibliothèque Nationale de France, ms. fr. 13709, fol. 42


12 "Jadis c'était Versailles" sur l'air "Tes beauxyeux ma Nicole."

Jadis c'était Versailles
Qui donnait le bon goût,
Aujourd'hui la canaille
Règne, tient le haut bout;
Si la cour se ravalle,
Pourquoi s'étonne-t-on,
N'est-ce pas de la Halle
Que nous vient le poisson?
Bibliothèque Nationale de France, ms. fr. 13709, fol. 71


13 "Notrepauvre roi Louis," sur un air dont le refrain est "Haïe,haïe, haïe, Jeannette."

Notre pauvre roi Louis
Dans de nouveaux fers s'engage
C'est aux noces de son fils
Qu'il adoucit son veuvage
Haïe, haïe, haïe, Jeannette.

Les bourgeois de Paris
Au bal ont eu l'avantage
Il a pour son vis à vis
Choisi dans le cailletage—haïe

Le roi dit-on à la cour
Entre donc dans la finance
De faire fortune un jour
Le voilà dans l'espérance—haïe

En vain les dames de cour
L'osent trouver ridicule
Le roi ni le dieu d'amour
N'ont jamais eu de scrupulle—haïe
BibliothèqueNationale de France, ms. fr. 13701, fol. 20


14 "Hé quoi, bourgeoise téméraire," surl'air "Sans le savoir"

Hé quoi, bourgeoise téméraire
Tu dis qu'au roi tu as su plaire
Et qu'il a rempli ton espoir
Cesse d'employer la finesse
Nous savons que le roi le soir
A voulu prouver sa tendresse
Sans le pouvoir.
Bibliothèque Nationale de France, ms. fr. 13701, fol. 20


DiscussionMaps & CafesSongsSite Index
AHR HomePresidential Address HomeAHA Home